« Internet est devenu un secteur aux fondamentaux défensifs » Andrzej Kawalec, analyste chez Moneta Asset managementA l'heure du sauve-qui-peut général, il semble judicieux de privilégier les titres défensifs. Mais ils ne sont pas toujours où l'on croit. Spécialiste du secteur Internet, Andrzej Kawalec nous explique les vertus structurelles de ce marché et nous livre ses valeurs préférées
(La Vie Financière) - Comme l’ensemble du marché, les valeurs Internet se sont effondrées en Bourse. L’essor de ce secteur est-il remis en cause ?Les sociétés Internet souffrent évidemment de la désaffection pour les valeurs moyennes, mais aussi de récentes mauvaises nouvelles en provenance du Royaume-Uni (alerte sur les résultats de IPT et Burst Media) et des Etats-Unis, avec l’introduction en Bourse avortée de Classmates, un concurrent de Facebook, qui ont jeté le trouble sur le secteur dès décembre. Reste que les valorisations sont devenues très raisonnables. Si les valeurs Internet ont toujours bénéficié d’une prime, elles sont aujourd’hui valorisées comme le marché pour 2008 et affichent même une décote sur la base des chiffres 2009.
Or, dans le même temps, le secteur continue d’enregistrer une croissance soutenue, notamment dans la publicité. Aujourd’hui, le web ne représente que seulement 7 % du marché publicitaire en France et devrait atteindre 12% en 2011 selon les prévisions de plusieurs instituts de recherche, ce qui assure une croissance organique de 15 à 20 % par an au secteur. Quelle industrie peut aujourd’hui se targuer de telles perspectives ? Enfin, les sociétés Internet sont, dans leur immense majorité, fort rentables et affichent une trésorerie nette positive. Internet est devenu un secteur aux fondamentaux défensifs en Bourse.
Quels sont les modèles de développement à privilégier ?Les acteurs du Net sont soutenus par la migration de l’économie traditionnelle vers un mode de diffusion numérique. Ce mouvement est déjà bien amorcé dans l’édition de contenus et la publicité (Hi-Media, Adverline, Aufeminin.com, Doctissimo) ou encore le ecommerce (Ldlc.com, Rue du commerce). En revanche, ce phénomène est seulement naissant pour les entreprises de marketing direct (1000mercis, Netbooster,
Referencement.com, Come & Stay). En amont de la chaîne Internet, elles disposent d’un potentiel de croissance encore important. Dans une moindre mesure, il en va de même pour les sociétés basées sur un modèle d’abonnement (Meetic, Seloger, Adenclassifieds...).
Quelles sont les valeurs à privilégier ?Parmi nos valeurs préférées, citons Hi-Media. Le marché valorise la société comme si l’acquisition du site de partage de photos Fotolog était un échec. Or ce n’est pas le cas et, étant donnée l’audience de ce site (3 milliards de pages vues par mois), nul doute que Hi-Media parviendra à la monétiser. Nous privilégions aussi Dreamnex, qui affiche des multiples de valorisations très faibles. Certes, le marché des sites pour adultes a une réputation sulfureuse, mais il est ultra-rentable et Dreamnex est la bonne société pour jouer la concentration de ce secteur atomisé. Nous pouvons aussi citer LeGuide.com qui vaut en bourse à peine plus de deux fois sa trésorerie nette. Cette société est devenue sans faire bruit le premier guide shopping en France en audience et possède de nombreuses implantations européennes. Enfin, nous apprécions particulièrement 1000mercis pour le sérieux et la qualité de la direction, qui devrait permettre à la société de maintenir, dans la durée, son rythme de croissance soutenu et ses marges élevées.
Propos recueillis par Frédéric Cazenave
Source :
La Vie financière