La Silicon Valley surfe sur la vague de la récession
Dans la Silicon Valley, quand les nouvelles technologies vont, tout va ! Mais si la crise venait à durer et à se généraliser, la Silicon Valley aurait du mal à être durablement préservée, prévient Dominique Piotet, président de l'Atelier BNP Paribas à San Francisco.
Rien ne se passe décidément comme ailleurs dans la Silicon Valley. Alors qu'elle avait pris de plein fouet la crise de 2000, et la fameuse bulle Internet, elle semble aborder avec une sérénité attentive la récession qui menace de plus en plus l'économie américaine. Les fondamentaux de la région restent bons, le chômage est à son plus bas niveau et les carnets de commandes sont pleins.
Selon l'institut IDC, qui mesure les dépenses du secteur des technologies de l'information et de la communication, ils devraient même continuer à grossir, de 4% en 2008. Contre 7% en 2007, certes. Mais la progression reste forte. Ils avaient baissé de 11% en 2001.
Même l'immobilier, pourtant touché ailleurs de plein fouet par la fameuse crise des "subprime" américaine, se comporte plutôt bien ici. Le San Jose Mercury News, le journal de la Silicon Valley, note dans son édition du 23 janvier 2008 "une déconnexion presque surréelle" entre l'optimisme de la région et les signaux alarmants dans le reste du pays. Il cite l'économiste de Stanford John Shoven : "mon analyse d'ensemble est que l'économie de la Valley sortira presque indemne de cette crise".
Les raisons de ce découplage sont de deux natures : structurelles et conjoncturelles. L'action dans le même sens des deux facteurs permet à la Silicon Valley de s'installer dans une bulle protectrice, au moins temporaire. Du point de vue conjoncturel, la Silicon Valley bénéficie de plusieurs éléments forts.
D'abord, la faiblesse du dollar est un atout majeur pour une région dont les entreprises exportent une grande majorité de leurs produits à l'international. Le journaliste Francis Pisani rapporte sur son blog Transnets, que 60% des revenus de Sun Microsystems, par exemple, proviennent de l'étranger. De nombreuses entreprises locales, comme Google, ou Apple, sont dans le même cas.
D'autre part, nous sommes en haut de cycle d'innovation. Les grands constructeurs, comme Apple, sont en phase de lancement de nouveaux produits innovants, qui rencontrent un grand succès. C'est par exemple le cas de l'iPhone.
Les entreprises du Web 2.0, comme Facebook, sont en croissance forte, gagnant plusieurs dizaines de milliers d'utilisateurs par jour. Le mouvement de création de start up est toujours à la hausse. Bref, la phase d'investissement est encore très active. Il y aura un retournement, c'est la règle du capital-risque et de la Silicon Valley, mais il ne semble pas pour tout de suite. Dans quelques mois, quand le soufflé du Web 2.0 retombera ?
Par ailleurs, ce cycle d'innovation est assez peu spéculatif. Peu d'entreprises technologiques sont aujourd'hui tentées par l'introduction en bourse, et la région est moins sensible aux aléas de Wall Srteet que dans les années 90. En 2001, le retournement de cycle d'innovation avait subi un effet multiplicateur fort dû à l'implication de Wall Street dans l'économie de la Valley. La région a appris de son erreur. La relative déconnexion d'avec la bourse permettra un atterrissage plus en douceur.
Enfin, le contexte publicitaire sur l'Internet demeure favorable, pour le moment. Les annonceurs continuent à transférer leurs dépenses des budgets off line, vers le budget on-line. Si les budgets globaux sont appelés à diminuer, les budgets dédiés à l'internet devraient augmenter de 5% en 2008, selon le cabinet eMarketer. De quoi rassurer les "start up" de la Valley qui comptent uniquement sur la publicité comme source de revenus. Google en tête.
A une conjoncture qui demeure favorable, s'ajoutent des effets structurels. La Silicon Valley est une région mono-sectorielle : les nouvelles technologies, toutes les nouvelles technologies, rien que les nouvelles technologies. Or, nous sommes dans un haut de cycle en matière d'innovation, et le secteur se porte bien. La demande reste forte pour l'électronique grand public, et les grandes tendances annoncées au Consumer Electronic Show de Las Vegas début janvier tendent à confirmer que le secteur est confiant, bien que prudent, pour l'année.
Les consommateurs voudront en 2008 toujours plus d'écrans plats, de lecteurs de musique numérique et de téléphones dernier cri. Et ils sont de plus en plus nombreux à plébisciter les sites de l'Internet collaboratif et participatif. MySpace, le célèbre site de réseau social, revendique plus de 115 millions d'utilisateurs, en gagne 300.000 nouveaux chaque jour, et réalise déjà 800 millions de dollars de revenus. Grâce à la publicité.
Bref, dans la Silicon Valley, quand les nouvelles technologies vont, tout va ! Plus dure sera la chute. Mais c'est la règle ici, et elle est communément acceptée. Evidemment, si la crise venait à durer et à se généraliser, la Silicon Valley aurait du mal à être durablement préservée. Pour le moment, elle surfe avec une agilité toute californienne sur la vague de la récession.
Source : La Tribune - Dominique Piotet, président de l'Atelier BNP Paribas à San Francisco
Dans la Silicon Valley, quand les nouvelles technologies vont, tout va ! Mais si la crise venait à durer et à se généraliser, la Silicon Valley aurait du mal à être durablement préservée, prévient Dominique Piotet, président de l'Atelier BNP Paribas à San Francisco.
Rien ne se passe décidément comme ailleurs dans la Silicon Valley. Alors qu'elle avait pris de plein fouet la crise de 2000, et la fameuse bulle Internet, elle semble aborder avec une sérénité attentive la récession qui menace de plus en plus l'économie américaine. Les fondamentaux de la région restent bons, le chômage est à son plus bas niveau et les carnets de commandes sont pleins.
Selon l'institut IDC, qui mesure les dépenses du secteur des technologies de l'information et de la communication, ils devraient même continuer à grossir, de 4% en 2008. Contre 7% en 2007, certes. Mais la progression reste forte. Ils avaient baissé de 11% en 2001.
Même l'immobilier, pourtant touché ailleurs de plein fouet par la fameuse crise des "subprime" américaine, se comporte plutôt bien ici. Le San Jose Mercury News, le journal de la Silicon Valley, note dans son édition du 23 janvier 2008 "une déconnexion presque surréelle" entre l'optimisme de la région et les signaux alarmants dans le reste du pays. Il cite l'économiste de Stanford John Shoven : "mon analyse d'ensemble est que l'économie de la Valley sortira presque indemne de cette crise".
Les raisons de ce découplage sont de deux natures : structurelles et conjoncturelles. L'action dans le même sens des deux facteurs permet à la Silicon Valley de s'installer dans une bulle protectrice, au moins temporaire. Du point de vue conjoncturel, la Silicon Valley bénéficie de plusieurs éléments forts.
D'abord, la faiblesse du dollar est un atout majeur pour une région dont les entreprises exportent une grande majorité de leurs produits à l'international. Le journaliste Francis Pisani rapporte sur son blog Transnets, que 60% des revenus de Sun Microsystems, par exemple, proviennent de l'étranger. De nombreuses entreprises locales, comme Google, ou Apple, sont dans le même cas.
D'autre part, nous sommes en haut de cycle d'innovation. Les grands constructeurs, comme Apple, sont en phase de lancement de nouveaux produits innovants, qui rencontrent un grand succès. C'est par exemple le cas de l'iPhone.
Les entreprises du Web 2.0, comme Facebook, sont en croissance forte, gagnant plusieurs dizaines de milliers d'utilisateurs par jour. Le mouvement de création de start up est toujours à la hausse. Bref, la phase d'investissement est encore très active. Il y aura un retournement, c'est la règle du capital-risque et de la Silicon Valley, mais il ne semble pas pour tout de suite. Dans quelques mois, quand le soufflé du Web 2.0 retombera ?
Par ailleurs, ce cycle d'innovation est assez peu spéculatif. Peu d'entreprises technologiques sont aujourd'hui tentées par l'introduction en bourse, et la région est moins sensible aux aléas de Wall Srteet que dans les années 90. En 2001, le retournement de cycle d'innovation avait subi un effet multiplicateur fort dû à l'implication de Wall Street dans l'économie de la Valley. La région a appris de son erreur. La relative déconnexion d'avec la bourse permettra un atterrissage plus en douceur.
Enfin, le contexte publicitaire sur l'Internet demeure favorable, pour le moment. Les annonceurs continuent à transférer leurs dépenses des budgets off line, vers le budget on-line. Si les budgets globaux sont appelés à diminuer, les budgets dédiés à l'internet devraient augmenter de 5% en 2008, selon le cabinet eMarketer. De quoi rassurer les "start up" de la Valley qui comptent uniquement sur la publicité comme source de revenus. Google en tête.
A une conjoncture qui demeure favorable, s'ajoutent des effets structurels. La Silicon Valley est une région mono-sectorielle : les nouvelles technologies, toutes les nouvelles technologies, rien que les nouvelles technologies. Or, nous sommes dans un haut de cycle en matière d'innovation, et le secteur se porte bien. La demande reste forte pour l'électronique grand public, et les grandes tendances annoncées au Consumer Electronic Show de Las Vegas début janvier tendent à confirmer que le secteur est confiant, bien que prudent, pour l'année.
Les consommateurs voudront en 2008 toujours plus d'écrans plats, de lecteurs de musique numérique et de téléphones dernier cri. Et ils sont de plus en plus nombreux à plébisciter les sites de l'Internet collaboratif et participatif. MySpace, le célèbre site de réseau social, revendique plus de 115 millions d'utilisateurs, en gagne 300.000 nouveaux chaque jour, et réalise déjà 800 millions de dollars de revenus. Grâce à la publicité.
Bref, dans la Silicon Valley, quand les nouvelles technologies vont, tout va ! Plus dure sera la chute. Mais c'est la règle ici, et elle est communément acceptée. Evidemment, si la crise venait à durer et à se généraliser, la Silicon Valley aurait du mal à être durablement préservée. Pour le moment, elle surfe avec une agilité toute californienne sur la vague de la récession.
Source : La Tribune - Dominique Piotet, président de l'Atelier BNP Paribas à San Francisco
