L'entrée de la première chaîne au capital du groupe de Claude Berda marque son renforcement sur les thématiques.
IL NE POUVAIT pas laisser filer l'affaire. En prenant hier une participation de 33,5 % dans AB Groupe - l'entreprise de droits audiovisuels et de chaînes de télévision dirigée par Claude Berda -, TF1 prend une option sur l'avenir. Plutôt que de prendre le risque de laisser ces actifs tomber dans les mains d'éventuels concurrents comme M6 ou de fonds d'investissement, le groupe de télévision privée a mis sur la table 230 millions d'euros.
TF1, dont la présence au sein d'AB se limitera à un tiers du conseil d'administration, n'interviendra pas pour l'instant dans les affaires quotidiennes de l'entreprise. « Je reste président de mon groupe, affirme haut et fort Claude Berda. L'état-major d'AB reste inchangé et TF1 n'a aucun droit de préemption. Ce qui signifie que nul ne peut m'obliger à vendre à aucun moment que ce soit. » Une déclaration faite pour rassurer notamment les pouvoirs publics, à commencer par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), mais aussi la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui s'intéresseront au dossier afin de contrôler si les règles anticoncentration propres à la télévision sont respectées.
En attendant, TF1 donne un signe fort au marché sur sa volonté de se développer sur le numérique. Grâce à cette opération financière, le groupe présidé par Patrick Le Lay renforce sa présence sur la TNT via les chaînes NT1 en gratuit et AB1 en payant. Mais ce n'est sans doute pas le seul intérêt de l'opération. TF1 a déjà laissé filtrer sa volonté de construire une offre de chaînes gratuites par satellite. Et nul doute que l'apport de la dizaine de chaînes thématiques de Claude Berda est stratégique de ce point de vue.
Relais de croissance
Enfin, alors que la part d'audience de TF1 s'érode peu à peu, l'arrivée de nouvelles chaînes dans son orbite devrait aussi offrir un relais de croissance publicitaire non négligeable. Même si, à ce stade, le contrat avec la régie Lagardère Active Publicité, qui gère notamment RTL 9, n'est pas menacé.
Les nouveaux partenaires vont devoir passer par l'épreuve du droit. Il est, en effet, interdit à un même opérateur de contrôler majoritairement plusieurs chaînes hertziennes. De même, au titre de la fusion entre Canal + et TPS, le nouvel ensemble doit garantir une proportion de chaînes indépendantes, c'est-à-dire non affiliées majoritairement à un actionnaire du nouvel ensemble. L'expertise des organismes de régulation portera avant tout sur l'effectivité du cocontrôle de TF1 sur le groupe AB et sur la modification substantielle ou non de l'actionnariat des chaînes contenues dans sa société. D'ici à quarante-huit heures, le dossier sera sur le bureau du CSA et devrait être piloté par la sage Élisabeth Fleury-Hurard.
Lors du rachat de TMC par les groupes TF1 et AB, la DGCCRF avait obligé la chaîne à créer sa propre régie commerciale afin d'échapper au contrôle absolu de TF1, qui détient déjà une part de marché publicitaire de plus de 50 % dans l'Hexagone.
Source : Le Figaro - Paule Gonzales

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